Le Couvent des Carmes à Narbonne

1262 – 1792
Les quatre grands ordres mendiants nés aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, Franciscains, Dominicains, Augustins et Carmes sont présents à Narbonne du XIIIᵉ s. à la révolution (1791-92) entre 1261 et 1263. Vers la même époque, en 1265, leur chapitre général tenu à Toulouse donne pour successeur à la tête de l’ordre, ou célèbre St-Simon St-ocle un «Nicolas le Français » né à Narbonne. Comme les trois autres ordres mendiants, les Carmes s’établissent «Hors les murs » de la ville. Leur premier couvent, au dire de certains, se serait situé à l’ouest de l’enceinte médiévale du Bourg St-Paul, dans la direction de la rue Simon Castan, vers l’ancienne usine à gaz.
Dès 1269, ils signent une convention avec le chapitre de St-Paul. Il y est indiqué leur implantation «entre l’Aude et la porte Raymond-Jean », ancêtre de la porte de Perpignan un document de 1289 parlé d’une route allant «du rec de Veyret vers les frères de la bienheureuse Marie du Mont Carmel » certainement axe des actuels boulevards Joffre et avenue Leclerc.
De toute façon les historiens sont d’accord pour situer à partir de 1320 le couvent des Carmes à l’emplacement de l’actuel pâté des maisons rue Voltaire, rue Louis David, passage de la Révolte, Boulevard Joffre, quai de l’Escoute, le quai Dillon ne commence qu’au-delà de la rue Voltaire, le couvent est alors toujours hors les murs mais contigu à la courtine du rempart qui se développe dans l’axe de l’actuelle rue Voltaire, ex-rue des Carmes.
Lors de son fameux « raid » guerrier de 1355 en Languedoc, le prince Édouard de Galles dit Prince Noir, vient de Bordeaux ou il réside en tant que Lieutenant de son père (1), à Narbonne. Il s’installe avec son état-major chez les Carmes d’où il organise le siège de la ville. Ses troupes pénètrent dans le Bourg, mais reculent devant la vive résistance de la cité animée par le Vicomte Aymerie VI. Les 2 murailles sont indépendantes.
Les Anglais après avoir fait quelques dégâts dans les faubourgs, lèvent le siège, vont jusqu’à Capestang, puis font demi-tour et rentrent en Guyenne par le Minervois.
Le couvent ne bouge pas jusqu’au début du XVIᵉ s. En 1507 le roi Louis XII est devenu Seigneur direct de Narbonne. Il veut renforcer les défenses de cette ville redevenue par l’abandon du Roussillon, la 1ʳᵉ place forte face à l’Espagne, on démolit donc les deux anciennes enceintes, celle de cité d’époque Gallo-Romaine, celle de Bourg de la fin XIᵉ, début XIIᵉ pour reconstruire une nouvelle enceinte englobant l’ensemble des deux quartiers, débordant même vers l’extérieur des remparts précédents. C’est le cas pour la Courtine allant de la porte de Perpignan au quai de la Robine. Le couvent des Carmes, resté à la même place, se trouve désormais non plus «hors les murs » mais à l’intérieur des murs.
L’église conventuelle des Carmes dont d’importants vestiges invisibles de la rue, subsistent à l’intérieur du numéro 8 de la rue Voltaire, était spacieuse, comportant six chapelles dédiées aux XVII, XVIIIe s. à St-Marie, St-Esprit, Ste Catherine, St-Joseph, N-D des agonisants, Ste Barbe, celle-ci abritait la confrérie des plâtriers et maçons qui tenait ses réunions dans le réfectoire des moines.
À la Révolution, un procès verbal de visite du 28 avril 1790, nous révèlent que les Carmes possèdent une bibliothèque de mille volumes. Les locaux sont ensuite occupés par une caserne et une écurie. Mais sept religieux vivent encore en communauté, «dans un coin du couvent ». Après leur dispersion, leur expulsion vers l’Espagne (1792) les bâtiments sont vendus comme «bien national » et répartis entre quatre acquéreurs. Ms Barthe, Despeyroux, Ratier et Tallavignes, Bourgeois. Ratier et Despeyroux se succèderont à la tête de l’administration municipale sous le Directoire (1796-1799). Barthe fut le père d’un ministre de Louis-Philippe.
(1) Edouard III Roi d’Angleterre
Notes aimablement communiquées par A. Mècle